Youtube : qu’en est-il de la représentation et de l’accessibilité ?

Les Internettes ouvrent leur documentaire « Elles prennent la parole » par une question : est-ce que vous pouvez citer 5 youtubeuses qui font autre chose que de la mode ou de la beauté ? Si la question n’est déjà pas évidente, elle peut être étendue : qu’en est-il de 5 youtubeurs d’origines différentes ? Ou 5 youtubeurs handicapés ?

Cette question qui peut paraître anodine semble bien révélatrice d’un manque de représentation de la diversité sur YouTube.

Tour d’horizon de la diversité sur YouTube

Si l’on faisait une étude statistique de l’ensemble des personnes postant des vidéos sur YouTube, il apparaîtrait surement que la plateforme est très représentative de l’ensemble de la population mondiale, que ce soit en matière de genre, de nationalité, de sexualité, ou encore de handicap.

Pourtant, à en juger par le Top 100 des Youtubeurs français, cette diversité ne se retrouve pas parmi les youtubeurs les plus connus de tous : seulement une dizaine de femmes dans ce classement, et les minorités (ethniques, sexuelles, handicap) brillent par leur absence.

Un problème dans l’algorithme même…

Cela est en partie dû à la plateforme elle-même, et son système de recommandations. Comme l’explique Lisa Miquet, « si tu regardes Natoo, on te propose Norman, mais si tu regardes Norman, on va te proposer Cyprien, pas Natoo. Les femmes se perdent dans l’algorithme » (vous pouvez retrouver le reste de son analyse dans son article des Inrocks). Même constat dans tout événement ou convention réunissant des youtubeurs : à l’exception d’événements beauté/mode, les invités sont encore une fois majoritairement masculins. A l’exception peut-être de Vidcon USA (1ère convention de youtubeurs au monde) qui commence à se rendre compte du problème : selon leurs chiffres, Vidcon 2018 comptait 50% de youtubeuses, et 40% de créateurs issus de minorités ethniques.

En combinant ces deux éléments, le résultat est sans appel. Cependant, YouTube et les organisateurs de ces conventions ne sont pas les seuls coupables. Car si chacun est en effet libre de poster ce qu’il souhaite sur la plateforme, les domaines restent très genrés : les jeux-vidéos et les sciences pour les hommes, la mode et la beauté pour les femmes. Esther Taillifet, youtubeuse et chercheuse en astrophysique, mentionne ces barrières que certain-e-s semblent s’imposer au moment de se lancer sur YouTube : « A ce moment-là, je ne me sentais absolument pas légitime pour ouvrir ma chaîne, alors que j’étais quand même en train de rédiger une thèse en astrophysique. ».

… Et un environnement peu encourageant

Au-delà du problème de parité, d’autres minorités n’osent pas ou peu se lancer pour d’autres raisons : racisme, homophobie, discriminations en tout genre, et commentaires haineux contribuent au manque de diversité sur YouTube.

L’autocensure des créateurs rejoint alors le premier point abordé. A cause du manque de mise en avant par la plateforme de créateurs qui dépassent les stéréotypes, de nouveaux créateurs n’osent pas se lancer. Pourtant, ils sont nombreux : Florence Porcel en science, La Prof en histoire, Richaard en beauté, Simone Giertz en robotique, James Charles en maquillage, etc. De même, les minorités sont présentes sur YouTube, mais il faut plus chercher pour les trouver.

Logo Youtube

« Broadcast Yourself »… if you can

En matière de handicap, le manque de représentation est en partie dû à des problèmes d’accessibilité de la plateforme. Pourtant, YouTube fait des efforts : le site est entièrement navigable au clavier, et l’entreprise possède une technologie de pointe en matière de reconnaissance vocale automatique, qui permet à YouTube d’avoir automatiquement des sous-titres pour toutes ses vidéos.

Youtube et surdité : le couple difficile

Malheureusement, ces efforts restent insuffisants. En effet, 60 à 70% d’exactitude dans la création des sous-titres automatiques signifie qu’en moyenne, 1 mot sur 3 est incorrect : pas assez donc pour une réelle compréhension de la vidéo.

Malgré cela, nombreux sont les créateurs qui ne sous-titrent pas leurs vidéos, ou qui n’autorisent pas leur communauté à créer eux-mêmes les sous-titres. Difficile pour un créateur sourd d’évoluer sur une plateforme où la grande majorité de ses confrères lui sont inaccessibles.

Plusieurs créateurs sourds ou malentendants luttent depuis plusieurs années contre ce sous-titrage automatique, qui fait plus de mal que de bien selon eux. Rikki Poynter a lancé en 2016 sa campagne #NoMoreCraption (contraction des mots anglais « crap » et « caption », littéralement « merde » et « sous-titres ») afin d’attirer l’attention d’autres créateurs sur la mauvaise qualité des sous-titres automatiques.

Youtube et l’audiodescription : un long chemin à parcourir

Mais le domaine où YouTube est le plus en retard en matière d’accessibilité reste l’audiodescription : impossible pour un créateur de créer une piste audio alternative. La seule solution est de mettre en ligne une deuxième version de la vidéo, ce qui peut poser des problèmes de duplication de contenu. Encore une fois, ce sont les premiers concernés eux-mêmes qui militent pour leur cause, avec en tête du mouvement #AudioDescribeYT le vidéaste aveugle James Rath. Si un site internet créé par le Centre de Recherche et de Développement sur l’Audiodescription Smith-Kettlewell existe bien, il reste très peu connu par les communautés non et malvoyantes, et concerne quasi-exclusivement du contenu anglophone. De fait, YouTube reste difficilement accessible pour les non et malvoyants, et il aura fallu attendre 2018 pour qu’une youtubeuse aveugle (Molly Burke) dépasse un million d’abonnés.

Un YouTube très éclectique, mais une diversité peu visible

En résumé, que ce soit en matière de représentation de la diversité, ou d’accessibilité, il reste de nombreux progrès à faire pour que YouTube soit le miroir de notre société si diverse.

Pourtant, il a été prouvé à de nombreuses reprises que la représentation des minorités a de très nombreux bénéfices, notamment en matière d’éducation et d’accès à l’information.

Vidéo youtube